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Lettre des Elèves

35,10,0,50,1
25,600,60,1,3000,5000,25,800
90,150,1,50,12,30,50,1,70,12,1,50,1,1,1,90000
0,0,1,0,0,46,15,5,2,1,0,0,0,1
Lettre 1
Lettre 1
deux ...
deux ...
nos enfants
nos enfants
... ont des idées ...
... ont des idées ...
fin
fin

l'éducation en RDC

L’éducation en RDC, quel avenir ?

 La situation de l'education et l'école de l'unité vue par Annestelle Radenac, jeune française qui travaillait à Butembo dans une autre école pour une année.

Le programme scolaire en République Démocratique du Congo a été hérité du programme belge et semble aujourd’hui ne pas avoir beaucoup évolué depuis que les Belges eux-mêmes l’avaient instauré du temps de la colonisation.

Tout d’abord il se fait en français et les notions qui le composent ne semblent pas toujours adaptées à la culture propre du pays. Pour la quasi totalité des enfants, le français n’est pas la langue parlée à la maison et en famille, il constitue donc le plus gros apprentissage à l’école primaire. Or tout l’enseignement se fait en français et la langue locale (le swahili au nord Kivu) ne représente que quelques leçons parmi d’autres. Les enfants se retrouvent donc à étudier des notions très techniques et complexes dans une langue qui n’est pas la leur, dans un vocabulaire qu’ils ne connaissent pas, et dont parfois même leurs professeurs n’ont une idée que très vague. Il s’agit alors de répéter inlassablement à voix haute afin d’apprendre par cœur, et les enfants « connaissent » ainsi beaucoup de choses que nos écoliers en Europe ne connaissent parfois pas au même âge. Mais comprennent-ils réellement ce qu’ils apprennent ? N’est-ce pas un apprentissage illusoire ? Je me surprends souvent à constater qu’il s’agit parfois plus d’un cours de vocabulaire que d’un cours de botanique ou de zoologie quand la majorité du temps consacré à un apprentissage consiste à répéter des mots mais sans approfondissement de la notion, aucun. Le cours de zoologie sur les animaux sauvages n’a-t-il pas d’intérêt que si les enfants peuvent découvrir le milieu dans lequel les animaux vivent, ce qu’ils mangent, etc. ? Or bien souvent il s’agit d’apprendre par cœur « les animaux sauvages sont le lion, le chacal, la chauve souris,… » Mais que savent les élèves de ces animaux ? Et sont-ils seulement capables de les reconnaître ? Ne faudrait-il pas enseigner dans la langue locale pour faciliter l’accès aux enfants aux notions elles-mêmes ? Et faire du français une langue apprise de manière séparée, tout en faisant bien sûr le lien avec le reste des notions apprises ? Pourquoi se borner à tout enseigner en français, faisant ainsi des enfants du Congo (qui sont les citoyens de demain), de véritables robots répétiteurs à qui personne n’a appris à raisonner par eux-mêmes ?

En classe, bien souvent trop peu de place est laissée à l’élève pour qu’il s’exprime : poser une question, formuler une incompréhension ou une remarque, tout cela n’est pas dans l’habitude des petits Congolais qui écoutent bien sagement que l’enseignant transmette sa matière. Et si l’enseignant demande : « Vous comprenez ? », ils vont tous répondre d’un seul cœur : « Ouiiiii », même s’il en est tout autrement. Tout comme le traditionnel « Bonjour, comment ça va ? », et les élèves de répondre « çaaaaaa vaaaaaa bieenn merciiii ». Je me demande comment il est possible que les 60 ou 80 élèves d’une même classe aillent tous bien 365 jours par an ! Sans parler de toutes les fois où j’arrive dans une classe et où les élèves lancent leur traditionnel « çaaaaaa vaaaaaa bieenn merciiii » alors que je leur ai simplement dit « Bonjour !»… Des conventions qui nous plongent dans l’absurde !

De plus, le gouvernement n’accordant aucun soutien financier aux écoles, même publiques ou conventionnées, les écoles n’ayant pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins pédagogiques (compléments de manuels, cartes murales, matériel de manipulation et de démonstration), tout n’est plus que des mots abstraits. Les enfants apprennent par cœur des noms d’animaux dont ils n’ont parfois pas la moindre idée de ce à quoi ils peuvent ressembler, ils apprennent par cœur les capitales et les superficies des pays africains qu’ils sont incapables de placer eux-mêmes sur une carte, etc.

Et les enseignants de l’école primaire ne sont pas aidés… ils sont peu qualifiés, enseignant dès leur sortie de l’école secondaire après avoir suivi l’option pédagogie générale, et ont eux-mêmes bénéficié du même enseignement que leurs élèves. L’un d’eux m’a un jour dit qu’il était parfois obligé de lire le manuel aux élèves et de leur faire apprendre le résumé par cœur, car lui-même n’avait jamais vraiment compris la notion qu’il devait enseigner. En outre, si le gouvernement ne met pas à jour les manuels scolaires, comment un enseignant qui n’a pas facilement accès à l’information peut-il lui-même corriger certaines données complètement dépassées ? J’enseigne moi-même la géographie en 6ème année primaire, par exemple, avec un livre datant de 1985 où on parle encore du Zaïre et de l’URSS, et où les chiffres de population n’ont jamais été changés… Que faire de cela ?

Mais dans l’apparente obscurité du tableau, de petites lumières brillent ! Non je ne veux pas parler des dons de matériel scolaire de l’UNICEF...

Je veux parler des pédagogues de l’ombre, de ceux que personne ne prend au sérieux et qui n’intéressent personne, de ceux qui pensent et agissent en ayant parfois l’impression que tout ce qu’ils font n’est que peine perdue, mais qui au fond d’eux savent qu’ils n’abandonneront pas parce qu’ils ont l’intuition que peu à peu les choses vont changer, que l’enseignement en RDC va peu à peu se mettre à éduquer l’intelligence et les consciences, et non plus seulement l’obéissance et la connaissance, pour bâtir un Congo plus beau !

Et l’école de l’Unité est de ceux qui se battent pour que de nouvelles méthodes où l’enfant est placé au centre de ses apprentissages voient le jour, des méthodes qui se rapprocheraient d’une pédagogie active. Une école où la parole est donnée aux élèves, une école qui veut donner du sens aux apprentissages en faisant toujours plus de lien entre les notions apprises et le quotidien vécu par les enfants, une école où l’on veut que les élèves manipulent au maximum et puissent toucher les réalités qu’on leur enseigne, une école qui a conscience que les élèves qui passent entre ses murs sont les hommes de demain, ceux qui innoveront, ceux qui inventeront, ceux qui œuvreront pour l’avenir du Congo.

De plus, le gouvernement n’accordant aucun soutien financier aux écoles, même publiques ou conventionnées, les écoles n’ayant pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins pédagogiques (compléments de manuels, cartes murales, matériel de manipulation et de démonstration), tout n’est plus que des mots abstraits. Les enfants apprennent par cœur des noms d’animaux dont ils n’ont parfois pas la moindre idée de ce à quoi ils peuvent ressembler, ils apprennent par cœur les capitales et les superficies des pays africains qu’ils sont incapables de placer eux-mêmes sur une carte, etc.

 

Annestelle Radenac, printemps 2012